Durable ET rentable ?!

Ça n'est pas parce que c'est vert que ça rapporte moins...

Des problématiques comme l’inclusion sociale et la lutte pour le climat ont pris une place de plus en plus importante dans le paysage actuel, et l’épargne n’est pas en reste. En conséquence, le nombre de fonds labellisés ISR (Investissement Socialement Responsable) n’a cessé de croître, dans un contexte où certains investisseurs sont même prêts à sacrifier une partie de leurs bénéfices, au profit d’un placement plus responsable. 

Mais aujourd’hui, surprise : la plupart des fonds ISR ont eu un rendement... supérieur à la moyenne. Explications.

Le vert sur-performe !

C’est la conclusion de la société d’études Morningstar, après analyse comparée des performances de 745 fonds “durables” en Europe, avec celles de fonds conventionnels, non-labellisés. Et c’est a priori surprenant. Car pour bénéficier du label, un fonds ne peut investir que sur des sous-jacents qui respectent les principes ESG (Environnement, Social et Gouvernance). Cela restreint les choix possibles. Et, du moins en théorie : moins d’options dans le choix des actifs veut dire plus de difficultés à générer la performance. 

On pouvait donc penser que les investisseurs ISR allaient, en connaissance de cause, obtenir des rémunérations moindres. Le débat était alors focalisé sur le coût d’opportunité que ces épargnants étaient prêts à payer, pour défendre leurs convictions.

Mais voilà que cette étude nous dit le contraire : 6 fonds durables sur 10 ont délivré des performances supérieures à celles des fonds classiques. Et cela sur un, trois, cinq et dix ans, ce qui écarte l’hypothèse du phénomène ponctuel ou d’une exception.

Les facteurs qui stimulent la performance

La faible exposition des fonds ISR à l’industrie pétrolière peut en partie expliquer leur bonne performance relative pendant la crise (une sur-performance établie à 1,83% en moyenne au 1er trimestre de cette année). Mais la sur-performance régulière et durable dans le temps requiert que nous cherchions l’explication ailleurs. 

Nous pensons que ce succès relatif des fonds ISR peut être attribué à deux facteurs. 

Premièrement, leurs gestionnaires n’ont pas pu investir dans des sociétés 

  • Nuisibles à l’environnement: déforestation, énergies fossiles (le “E” dans “ESG”), 
  • Nuisibles à la société: discrimination, conditions de travail injustes (le “S”) ou 
  • Dont l’actionnariat n’est pas clairement identifié (le “G” de gouvernance).

Or ce sont typiquement des entreprises qui peuvent être très profitables pendant un temps, mais qui se font descendre quand leurs abus sont mis en lumière. Le cours de l’action de British Petroleum a été divisé par deux suite à l’explosion de sa plateforme Deepwater Horizon. L’action du Groupe Casino, indirectement contrôlé par Jean-Charles Naouri à travers une cascade de holdings, vaut aujourd’hui moins de la moitié d’il y a 5 ans. 

Les fonds ISR se tiennent mécaniquement à l’écart de ces risques juridiques et réputationnels, qui coûtent souvent très cher.

Secundo, l’aura favorable de l’investissement responsable crée un cycle vertueux.


Le mouvement ESG était peut-être au départ un phénomène de mode. Mais aujourd’hui rares sont les dirigeants d’entreprises qui peuvent renoncer aux investisseurs “verts”. Ils en ont besoin pour leur croissance. Donc que ce soit par conviction personnelle ou tout simplement par intérêt économique, les grandes sociétés sont de plus en plus nombreuses à adopter des mesures favorables à l’environnement et l’inclusion sociale. Certaines vont même jusqu’à imposer à leurs fournisseurs d’en faire autant.

Au-delà d’être juste, les décisions prises au nom du respect des principes ESG sont souvent économiquement efficaces. Réduire son empreinte carbone en consommant moins d’énergie tout en maintenant sa production est rentable pour la planète mais aussi pour l’entreprise ! Cette entreprise “durable” voit ainsi ses marges augmenter et son image positive se renforcer, et peut en profiter pour prendre des parts de marché à ses concurrentes moins “vertes”.

Attention au Greenwashing

Devrions-nous alors nous désinvestir de tout support qui n’est pas labellisé “vert” et nous jeter sans réfléchir sur les fonds ESG ? Probablement pas, car les limites de l’exercice commencent à se faire sentir. 

Du côté des fonds, le secteur ISR n’est plus une niche, il est devenu un des vecteurs majeurs de croissance dans l’industrie de la gestion d’actifs. Tout le monde s’y est mis. À tel point qu’on peut naturellement s’attendre à ce que la sur-performance moyenne des fonds ESG s’efface ou diminue.

Du côté des entreprises, c’est au niveau de la mesure effective des efforts ESG que ça se complique. Il n’est pas toujours facile de faire la distinction entre ceux qui œuvrent réellement pour faire coïncider rentabilité et préservation de la planète, et ceux qui veulent se protéger de la critique publique, en s'achetant une réputation verte. À titre d’exemple, même les agences de notation en empreinte carbone ont du mal à se mettre d’accord sur une échelle standard pour noter les meilleurs élèves — ou les pires.

L’évolution des entreprises vers des comportements plus respectueux de l’environnement nous paraît irréversible, car stimulé par la demande des épargnants. Mais un travail d'harmonisation des méthodologies reste certainement à faire, pour renforcer la crédibilité des agences de notation et leur pouvoir d'influence sur les entreprises, et in fine accélérer le mouvement.

Marc Tempelman

Co-fondateur de Cashbee

écrit par nos amis

Marc Tempelman

Diplômé de l’ESCP, Marc a travaillé pendant plus de 20 ans chez Bank of America Merrill Lynch, pour laquelle il a notamment co-dirigé l’activité de banque commerciale et de marchés de capitaux obligataires. Basé à Londres et à New York, et focalisé sur la clientèle institutions financières, Marc est devenu un expert du financement bancaire. Il est aussi passionné de cuisine.

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