Il est l'or, monseignor ?

Le métal jaune décolle, mais est-ce le moment pour vous d'en acheter ?

L’or fascine. Ce métal précieux autrefois utilisé comme monnaie ou comme ornement s’est vu attribuer un nouvel usage : celui de valeur refuge. L’once d’or, qui valait quelques 1 500$ en janvier, frôle aujourd’hui les 2 000$, un record historique. 

Cette classe d’actif a-t-elle sa place dans votre portefeuille ? Où et comment en acheter ? Et est-il encore temps d’investir dans l’or ? Il est dans tous les cas l’OR de se pencher sur le sujet. 

Valeur refuge par excellence

Sur papier, l’or n’est pas un investissement très attractif. Un métal, aussi précieux soit-il, ne rapporte rien : il ne paie pas d'intérêts et ne verse pas de dividendes. En détenir implique le plus souvent de le garder dans un coffre, ce qui, à la banque, est facturé. Et pour ne rien arranger : c’est un placement assez volatil (il fluctue beaucoup à court terme). Entre le 28 février et le 9 mars derniers par exemple, l’once est passé de 1 700$ à 1 500$ — une chute de 12% ! Enfin, ce n’est pas un actif très liquide. Il est difficile d’acheter ou de vendre de l’or, notamment parce que les transactions impliquent souvent de le déplacer physiquement. Il n’y a qu’à observer l’écart entre le prix d’achat et le prix de vente de l’or dans un bureau de change pour s’en convaincre. 

Mais en dépit de ces inconvénients, l’or possède aussi de nombreuses qualités, notamment celle d’aller bien quand tout va mal, comme en ce moment. Historiquement, on constate en effet que son prix reste stable ou augmente pendant les périodes de crise, et qu’il évolue au même rythme que celui des biens de consommation, ce qui protège ses propriétaires contre l’inflation. Ainsi, l’or est LE placement défensif par excellence puisqu’il est, entres autres, décorrélé du reste du marché.

Pourquoi une telle flambée des prix ?

Le crise sanitaire puis économique provoquée par le Covid-19 a conduit les banques centrales à sortir les mêmes armes qu’en 2009 (crise de subprimes) mais à un rythme bien plus soutenu qu’à cette époque. 

La baisse de taux d’intérêts et les injections massives de liquidités de ces derniers mois ont permis aux États, puis aux entreprises de se financer pour maintenir tant bien que mal l’économie sur les rails et notamment préserver l’emploi. Ils ont pu le faire à des prix défiant toute concurrence et dans des proportions gigantesques (4 trilliards de dollars ont déjà été créés). Et tout porte à croire que la planche à billets va tourner encore longtemps.

Le problème, c’est que cette stratégie à des limites. D’une part, car les taux d’intérêts, déjà proches de zéro avant la crise, ne peuvent plus beaucoup baisser. D’autre part, parce que le rendement des injections successives de cash dans l’économie est décroissant. 

En effet, en permettant à des entreprises d’emprunter très peu cher, les banques centrales ont artificiellement fait grimper leurs valorisations; et ce malgré des rendements espérés très très bas (c’est la crise, rappelons le). Si ces créations de monnaie profitent donc aux entreprises à court terme, à long terme, elle en font baisser l’attractivité sur les marchés : la dette est disproportionnée par rapport à la valeur réelle de l’entreprise, ce qui n’attire ni les investisseurs, ni les prêteurs potentiels. 

Or pour alléger le coût de la dette (publique comme privée) et en faciliter le remboursement, il a souvent été d’usage de dévaloriser la valeur de l’argent. Ceci, ainsi que quelques autres facteurs macro-économiques plus complexes interrogent en ce moment sur le statut “inébranlable” du Dollar US comme monnaie de référence.

Enfin, ces mouvements interviennent dans un paysage politique incertain : les élections américaines auront lieu dans moins de 100 jours, la tension commerciale entre la Chine et les Etats-Unis est au plus haut, le format du Brexit n’est toujours pas clarifié. Toutes les conditions sont réunies pour se méfier du futur immédiat, en dehors de toute considération sanitaire et d’une éventuelle seconde vague du Covid-19.

La crainte d’une crise économique mondiale durable, combinée avec des tensions internationales, qui pourraient encore faire grimper le volume de dette à travers le monde, pourraient faire douter de la valeur même de l’argent. Et c’est dans ces conditions que l’or prend tout son intérêt.

Comment investir dans l’or ?

Admettons que vous souhaitez acheter de l’or suite à cet exposé. Il existe plusieurs approches pour le faire, la distinction principale étant de savoir si vous souhaitez littéralement prendre livraison du métal précieux (“l’or physique”), ou si vous souhaitez simplement être investi en or, virtuellement (“l’or papier”). 

Dans le premier cas, il s’agira d’acheter des lingots ou des pièces, selon vos moyens, en vous adressant à votre banque ou encore à des courtiers spécialisés. Nous vous conseillons sur ce point de faire jouer la concurrence, car les frais de transaction peuvent varier considérablement d’un fournisseur à l’autre. Pour des raisons évidentes de sécurité, nous vous recommandons de placer votre or dans un coffre professionnel, extérieur à votre domicile.

Dans le second cas, il faudra investir sur l’or “dématérialisé”. Les deux stratégies les plus populaires sont alors d’acheter des actions de sociétés dites “aurifères” (propriétaires ou exploitantes de mines d’or), ou encore des “trackers” (les fameux ETFs ou Exchange Traded Funds) qui répliquent la performance du cours de l’once d’or. 

Alors, papier ou physique?

Tout dépend de votre objectif. Si vous voyez l’or comme un simple investissement, au même titre que les actions par exemple, l’achat de trackers constitue la meilleure solution : moins de frais de transaction et de stockage, plus de libertés sur les montants etc. Parmi les plus connus citons l’ETF “Vaneck Vectors Gold Miners” pour les sociétés aurifères et l’ETF “Amundi Physical Gold” si vous souhaitez une exposition au cours de l’or plus directement. 

En revanche, si vous voyez dans le métal jaune une protection contre un possible effondrement du système financier, qui pourrait aller jusqu’à rendre tout certificat papier caduc, alors vous vous sentirez sûrement plus serein en achetant de l'or physique. Mais soyons honnête : si un tel armageddon financier se produisait un jour, il est probable que des piles 9V ou des rouleaux de papier toilette vous seraient d’une plus grande utilité qu’un lingot.

Combien en avoir en portefeuille ?

Dans un portefeuille diversifié, l’or (tout comme d’autres métaux précieux) ne doit occuper qu’une place modeste. Sauf en période de crise ou de forte inflation, l’or n’est pas une classe d’actif très utile puisqu’elle est dé-corrélée du reste de l’économie. Mais la proportion exacte que pourrait représenter l’or au sein de votre portefeuille est fonction de votre perception du contexte, et de votre goût pour le risque. 

Warren Buffet, qu’on ne présente plus, maintient qu’investir dans de l’or est “stupide” et que c’est un actif qui ne produit jamais rien entre le moment où vous l’achetez et le moment où vous le revendez. Et même parmi ceux qui font moins de reproches au métal doré, on s’entend sur le fait que l’or ne doit représenter que quelques pourcents de votre portefeuille total.


En bref, l’engouement récent pour l’or est une conséquence directe des craintes croissantes et probablement justifiées autour d’une future dévalorisation de la monnaie. Car la politique dite d’assouplissement quantitatif (la fameuse planche à billets) adoptée par les banques centrales a conduit à une création massive d’argent frais et à un niveau d’endettement historiquement haut. L’or peut alors raisonnablement attirer l’attention des épargnants désireux de protéger la valeur de leurs investissements et souhaitant bénéficier de la hausse de son cours. Nous rappelons néanmoins qu’il s’agit d’une classe d’actif qui 1. ne génère aucun revenu pour son propriétaire et 2. dont le prix reste généralement volatil. Elle est donc réservée aux épargnants avertis, et pour une modeste partie de leurs portefeuilles seulement.

Marc Tempelman

Co-fondateur de Cashbee

écrit par nos amis

Marc Tempelman

Diplômé de l’ESCP, Marc a travaillé pendant plus de 20 ans chez Bank of America Merrill Lynch, pour laquelle il a notamment co-dirigé l’activité de banque commerciale et de marchés de capitaux obligataires. Basé à Londres et à New York, et focalisé sur la clientèle institutions financières, Marc est devenu un expert du financement bancaire. Il est aussi passionné de cuisine.

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