La politique de dividende à la lumière du COVID-19

De nombreux épargnants comptent sur le versement régulier de dividendes. En temps de crise, est-ce le bon calcul ?

Le début du printemps est typiquement la période de l’année où les sociétés côtés en bourse déclarent et versent leurs dividendes. Elles seront bien moins nombreuses à le faire cette année, pour des raisons relativement évidentes. La méga-banque américaine JP Morgan elle même a évoqué sérieusement le sujet. Ce qui serait une première dans ses 200 ans d’histoire.

Et comme cela va directement affecter les actionnaires, dont les fameux petits porteurs, qui comptent sur ces dividendes pour vivre, Cashbee s'est penché sur le sujet. Qu'est-ce qu'un dividende, est-ce pragmatique — voire moral — d'en verser en période de crise ? On vous explique.

Dividendes, un bref rappel

Le dividende est la somme versée par une société à ses actionnaires et qui représente typiquement un pourcentage des profits réalisés l’année précédente. Son montant est proposé par le Conseil d’Administration et voté par les actionnaires. Si l’on voit bien que ce montant dépend de la performance de la société et qu’il peut donc varier d’une année à l’autre, pour certaines grandes entreprises, dont les activités sont très stables et prévisibles, le dividende l’est également. Depuis le début du siècle, Solvay, Unilever et Philips par exemple ont chacun versé un dividende égal ou supérieur à l’année précédente... tous les ans !

Certains épargnants “accros” aux dividendes

Sans surprises, une telle régularité de revenus attire l'intérêt des investisseurs. Bon nombre de gérants ont d'ailleurs constitué des fonds uniquement dédiés aux entreprises qui se distinguent par la régularité de leurs dividendes. Typiquement, les gérants y incluent des grandes banques comme HSBC ou ING, les constructeurs automobiles comme Volkswagen ou Daimler, ou encore des sociétés du luxe comme Hermès. Ces fonds sont très prisés par certaines catégories d’investisseurs, qui privilégient les revenus réguliers sous forme de dividendes, au potentiel de hausse des cours des actions. On peut penser aux retraités par exemple, qui souhaitent ainsi s’assurer de revenus réguliers et relativement certains… 

Avec l’accent sur « relativement ».

Le COVID-19 change la donne

Et cela de plusieurs façons. Tout d’abord, il faut reconnaître que la performance de la plupart de ces grands groupes en 2019 a été plutôt bonne voire excellente, et ne justifie donc pas de réduire les dividendes versés en 2020 au titre de l’exercice dernier. Cependant, les perspectives futures sont beaucoup moins glorieuses. Toutes les équipes dirigeantes s’interrogent donc sur la nécessité de préserver les profits de l’année dernière, pour faire face à un ralentissement brutal de l’activité en 2020.

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À cette réflexion d’ordre purement financier viennent s’ajouter des facteurs externes qui sont plutôt d’ordre politique et moral. Ce n'est pas facile d'expliquer au grand public que vous distribuez de l’argent aux actionnaires, alors que votre personnel souffre. Et ça l’est encore moins si votre société bénéficie d’une des diverses formes d’aide financière que les États ont mis en place pour vous aider à faire face à la crise. D’ailleurs les gouvernements ont bien clarifié que toute entreprise souhaitant bénéficier d’une de ces mesures d’aide financière doit interrompre le versement de dividendes.

Nous constatons un grand écart sur le sujet des dividendes cette année, avec d’un côté les sociétés qui ont décidés de maintenir leurs dividendes, comme McDonald’s ou Allianz, et d’autres qui ont décidé de les réduire, comme Hermès ou la société BIC, afin d’associer leurs actionnaires à l’effort qu’elles font pour sortir de la crise. Enfin, il y a celles qui ont décidé de les éliminer, soit de façon spontanée et par mesure de préservation de capital dans un contexte économique incertain, comme par exemple Airbus, Ford, Boeing ou encore Marks & Spencer, soit sous la pression des pouvoirs publics.

Quand les pouvoirs publics encouragent les banques à couper leurs dividendes

C’est notamment le cas dans le secteur bancaire où la BCE et la Banque Centrale du Royaume-Uni ont exprimé leurs fort désir de voir les grandes banques suspendre leurs dividendes. Et cela pour renforcer les niveaux de capital des banques et leur donner tous les moyens pour venir au secours des entreprises qui auraient besoin de prêts pour survivre à la crise. La réputation des banques avait grandement souffert lors de la crise financière en 2008, et cette recommandation a donc été rapidement suivi par toutes les grandes banques de la place.

Mais, à quelques rares exceptions près — la présidente et le directeur général de la banque espagnole Santander ont annoncé dès le début de la crise qu'ils feraient don de 50% de leurs salaires pour financer des équipements médicaux — elles restent pour l'instant encore silencieuses sur leur politique en matière de bonus.


Marc Tempelman

Co-fondateur de Cashbee

écrit par nos amis

Marc Tempelman

Diplômé de l’ESCP, Marc a travaillé pendant plus de 20 ans chez Bank of America Merrill Lynch, pour laquelle il a notamment co-dirigé l’activité de banque commerciale et de marchés de capitaux obligataires. Basé à Londres et à New York, et focalisé sur la clientèle institutions financières, Marc est devenu un expert du financement bancaire. Il est aussi passionné de cuisine.

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