Le spoofing : quand les banques manipulent le marché

L'exemple récent de JP Morgan nous donne l'occasion de parler d'une pratique tristement célèbre.

Les autorités américaines viennent d’infliger une amende record de 920 millions de dollars à la grande banque JP Morgan, pour avoir manipulé tantôt le marché des métaux précieux, tantôt celui des obligations d’Etat américains... pendant des années ! La banque a plaidé coupable. 

Le Spoo’quoi ?

Le mot a beau avoir une sonorité rigolote, le spoofing est une technique de manipulation de marché formellement interdite. Voici comment ça marche. 

Imaginons John, un trader en matières premières dans une grande banque. Son job : vendre de l’or. Sur ses écrans s’affichent en temps réel les prix auxquels des acheteurs potentiels voudraient acquérir ce métal et dans quelles quantités. John y voit également les prix auxquels d’autres contreparties seraient prêtes à vendre. En bref, il observe l’offre et la demande sur le marché de l’or. Évidemment, John souhaite vendre son or (enfin, celui de la banque) au meilleur prix. Mais ce jour-là, les prix proposés par les acheteurs lui semblent trop faibles. Que faire ?

John a une idée lumineuse. Disposant des systèmes nécessaires pour le faire, il entre un grand nombre d’ordres d’achats fictifs, qu’il annule aussitôt. Malgré l’annulation, ces ordres s’affichent bien sur les écrans des autres intervenants de marché, ce qui crée l’illusion d’un nombre important d’acheteurs d’or. John a artificiellement augmenté la demande. Cela fait logiquement grimper le prix de l’or, et permet à John de vendre sa position à un prix plus élevé. Il empoche un gain plus important… au détriment de l’acheteur.

La lourde peine infligée à JP Morgan

Et cela peut rapporter gros. Sur les 920 millions de dollars d’amende infligés à JP Morgan, 312 millions serviront à rembourser les contreparties lésées par le spoofing, et 172 millions serviront à “annuler” les profits réalisés au passage. Le solde, soit 536 millions de dollars, constitue la pénalité à proprement parler. L’importance de la somme totale montre que les régulateurs ont de moins en moins de clémence à l’égard des transgresseurs.

Source : Financial Times

Parmi les explications qui justifient une telle pénalité, les autorités ont spécifiquement cité le manque de coopération de JP Morgan au début de l’enquête, qui n’a seulement commencé à suspendre les traders suspectés qu’après que deux employés aient formellement reconnu être coupables de manipulation de marché. JP Morgan n’en était d’ailleurs pas à son premier avertissement car cette même banque avait été jugée coupable d’avoir manipulé le marché du change en 2015. 

Et pour les traders ?

C'est presque pire ! Pour souligner la fermeté des autorités sur ce sujet, les traders soupçonnés d’avoir manipulé les cours sont personnellement accusés également. Au-delà d’avoir été licenciés “à l’américaine” par la banque, ils encourent des peines allant jusqu’à 30 ans de prison s’ils sont reconnus coupables.

La réputation en jeu

Pour JP Morgan, la facture est évidemment salée mais financièrement supportable. Rien qu’au second trimestre de l’année, elle a engrangé quelques 4,5 Milliards de bénéfices. Et il est peu probable qu’elle perde de nombreux clients à cause de cette affaire, tant elle est devenue indispensable dans l’écosystème financier international. 

Il n’en reste pas moins que la réputation de l’institution vient de prendre un coup. Et dans un secteur comme celui de la banque (qui repose sur la confiance dans les institutions) ce n’est pas une bonne chose.

Suite à sa condamnation en 2015, JP Morgan a dépensé plus de 430 millions de dollars pour recruter des responsables de la conformité et des contrôleurs internes pour augmenter la surveillance des ses activités de trading. Nous ne serions pas surpris de voir ce poste de dépenses prendre encore plus d’importance, chez JP Morgan autant que chez les banques concurrentes.

Marc Tempelman

Co-fondateur de Cashbee

écrit par nos amis

Marc Tempelman

Diplômé de l’ESCP, Marc a travaillé pendant plus de 20 ans chez Bank of America Merrill Lynch, pour laquelle il a notamment co-dirigé l’activité de banque commerciale et de marchés de capitaux obligataires. Basé à Londres et à New York, et focalisé sur la clientèle institutions financières, Marc est devenu un expert du financement bancaire. Il est aussi passionné de cuisine.

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