Plans de relance illimités — qui paiera la facture ?

Le gouvernement veut sauver l'économie “quoi qu'il en coûte” ! Mais il n'y a pas d'argent magique

Air France KLM a reçu une aide record de 7 milliards d’euros. Un plan de soutien pour Renault est envisagé en ce moment même. Au total, ce sont plus de 110 milliards d’euros qui sont débloqués par le gouvernement Macron pour soutenir et relancer l’économie “quoi qu’il en coûte”. C’est parfaitement compréhensible (et louable) en période de crise, mais cela pose tout de même plusieurs questions. Comment ce plan de soutien va-t-il être financé ? Et qui va, in fine, payer la facture ?

Les alternatives de financement sont limitées

Rappelons d’abord les trois moyens par lesquels l’Etat peut se financer. Il peut :

- Réduire ses dépenses, via des coupes budgétaires,

- Augmenter ses recettes, en augmentant les impôts, ou

- S’endetter, c'est à dire emprunter de l'argent.

Depuis son élection en 2017, Emmanuel Macron a tenté de diminuer la dette du pays (déjà conséquente), en réduisant les dépenses publiques sans augmenter les impôts. La crise du Coronavirus a malheureusement bousculé cette stratégie et l'heure n'est plus du tout aux économies de bout de chandelles. 

Pour financer le chômage partiel, distribuer des prêts de secours aux entreprises en difficulté, et soutenir un système de santé vacillant, il n’y a pas d’autre choix que de lever de la dette. L’État va donc emprunter 90 milliards d’euros de plus que ce qu'il avait prévu, pour porter à 320 milliards d’euros le total de cette année. 

Ces nouveaux emprunts vont amener le taux d’endettement du pays à plus de 115% du PIB annuel. Formulé autrement, il faudrait plus d’un an de production Française pour rembourser cette dette. C’est énorme, et bien au delà du standard de 60% que les pays Européens se sont mis d’accord pour ne pas dépasser. 

Les prêteurs (fonds de pension, assurances etc…) seraient donc logiquement en droit de se poser des questions sur la solvabilité des pays qui — comme la France — vont massivement emprunter pour absorber le choc du Covid-19. Ces niveaux d’emprunt pourraient laisser planer le doute sur la capacité des États à rembourser. L’Argentine fait défaut tous les 10 ans à peu près, et nos voisins Grecs étaient à deux doigts de le faire en 2010. Ça n’arrive pas qu’aux autres.

La France jouit fort heureusement d’une excellente réputation en la matière. Nous sommes "notés" AA par les agences de notation, ce qui est un cran en dessous de la note maximale AAA. Ce statut, ainsi que le contexte actuel de taux bas permet à la France d’emprunter à des taux très bas, voire négatifs. Signe que les investisseurs ont encore confiance dans notre capacité à rembourser.

Comment rembourser ?

Plusieurs solutions existent. La première : augmenter les impôts. Le gouvernement a exclu cette solution pour l’instant et y substitue l’hypothèse selon laquelle l’économie reprendra après la crise. Si la croissance reprend, les recettes de l’État augmenteront naturellement (charges, TVA etc…), ce qui permettra de financer la dette. 

Une troisième option serait de réduire les dépenses de l’Etat, mais si ces mesures dites d’austérité sont prises trop vite, cela pourrait freiner la reprise de la croissance et agacer des populations déjà relativement à vif avant la crise (grèves, gilets jaunes etc…).

Il est peut-être alors temps de considérer des solutions plus originales. La Banque Centrale Européenne a le pouvoir de créer de l’argent. Elle contrôle la fameuse planche à billets et la fait tourner joyeusement, non pas en imprimant littéralement plus de monnaie, mais en se portant acquéreur des dettes d’État. 

Quand la BCE rachète votre dette, vos conditions d'endettement s'améliorent, car vos prêteurs savent qu'ils pourront toujours vendre leurs obligations d'Etat à cet acheteur permanent aux poches profondes. La BCE le sait bien et a considérablement augmenté ses paliers de rachat de dette pour aider les pays à s’endetter. Le risque associé avec cette stratégie est de faire circuler tellement d’argent que celui-ci perde de sa valeur, provoquant ainsi l’envolée des prix. Mais heureusement (ou pas) ce risque d’inflation est aujourd’hui limité. 

Annuler la dette ?!

L'autre idée folle qui se répand en ce moment serait de tout bonnement annuler la dette. On efface l’ardoise, on repart à zéro.

Sauf que c’est un peu plus compliqué que cela. Il ne faut pas oublier qu'un quart de la dette de la France est détenue par les banques et les compagnies d’assurances françaises. Si l’Etat refusait de les rembourser, elles feraient probablement toutes faillite. Par ricochet, l’épargne des particuliers, potentiellement constituée de dette d’état via des contrats d’assurance-vie, serait impactée. Du reste les investisseurs étrangers, qui font aujourd’hui confiance à la signature de l’Etat Français, se feraient beaucoup plus rares si la rumeur courait que la France devenait “mauvais payeur”. 

La seule dette d’État qui serait théoriquement annulable serait donc celle détenue par la Banque Centrale Européenne. Elle pourrait simplement renoncer à se faire rembourser, créant ainsi une dette perpétuelle. Magique ? C’est peut-être aller trop loin, mais certainement inédit. Tout autant que la gravité de la crise actuelle.‍

Marc Tempelman

Co-fondateur de Cashbee

écrit par nos amis

Marc Tempelman

Diplômé de l’ESCP, Marc a travaillé pendant plus de 20 ans chez Bank of America Merrill Lynch, pour laquelle il a notamment co-dirigé l’activité de banque commerciale et de marchés de capitaux obligataires. Basé à Londres et à New York, et focalisé sur la clientèle institutions financières, Marc est devenu un expert du financement bancaire. Il est aussi passionné de cuisine.

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